Unité et fracture des Églises : de l’invisible… au visible !

En matière ecclésiale se sont toujours les divisions qui semblent vouloir saturer « l’univers visible » ! Faut-il pour autant se résoudre à confiner nous-même l’unité du corps du Christ dans « l’univers invisible »? L’actualité œcuménique internationale du moment invite toutes les Églises à faire face à la question.  

Quand la tension devient rupture 

Jeudi dernier 16 octobre, le GAFCON annonce par un communiqué solennel que la rupture est consommée. La Global Anglican Future Conference fédère depuis 2008 une douzaine de primats et plusieurs centaines d’évêques anglicans se revendiquant attachés à « l’orthodoxie anglicane ». Depuis la fin des années 90, le courant s’est organisé et conteste une interprétation de la Bible jugée trop libérale, qui selon lui a conduit l’Église anglicane à ouvrir l’épiscopat aux femmes et à accepter la bénédiction des couples de même sexe. Deux semaines après la publication de la nomination de Sarah Mullaly comme 106e archevêque de Cantorbéry, le primat anglican du Rwanda Laurent Mbanda, qui préside le Conseil des primats du GAFCON (essentiellement du sud global : Afrique, Asie et Amérique latine), a déclaré que le «temps était venu » de rompre avec ces « instruments de communion » qui n’ont pas permis selon lui de «maintenir la doctrine et la discipline de la Communion anglicane »à savoir : l’Archevêque de Cantorbéry, la Conférence de Lambeth, le Conseil consultatif anglican (Anglican Consultative Council – ACC), et la Réunion des primats. 

Cette crise qui n’est certes pas nouvelle mais semble connaître aujourd’hui une étape historique, est en fait emblématique d’un clivage que connaissent, à un degré ou un autre, plusieurs communions mondiales et unions d’Églises. De plus, elle survient à la veille de ce qui s’annonce comme un rendez-vous majeur du dialogue œcuménique de notre temps.  

Un rendez-vous œcuménique majeur 

Ce vendredi 24 octobre s’ouvrira en Égypte, la 6e assemblée mondiale de Foi & Constitution (la Commission du Conseil Œcuménique des Églises en charge du dialogue doctrinal qui incluent également des Églises non-membres du COE, comme l’Église catholique ou plusieurs grandes Églises pentecôtistes). À l’occasion du 1700e anniversaire du premier concile œcuménique de Nicée, l’événement qui ne s’était pas tenu depuis 32 ans, rassemblera près de 400 participants venus de plus d’une centaine de nations autour d’un thème en forme de point d’interrogation : « Quels horizons pour l’unité visible ? ».   

Vous avez dit unité… visible ?   

Certes la question accompagne le mouvement œcuménique depuis ses débuts, mais elle revêt aujourd’hui une urgence nouvelle en notre temps de polarisation, de guerres, de crise climatique, de déplacements de populations, de fragmentation qui affectent les Églises en elles-mêmes et parfois aussi entre elles. Avec des réalités locales souvent aux antipodes tant dans l’expérience de la sécularisation que dans celle des complexités liées à la coexistence interreligieuse… Comment la mission de Dieu peut-elle être menée de manière renouvelé, dé-coloniale et réconciliée ? Comment l’unité de l’Église peut être approfondie et rendue plus visible au cœur de cette diversité ?   

La 6ème assemblée mondiale sera non seulement l’occasion de récolter les fruits des trente dernières années de dialogues et d’engagements œcuméniques, mais aussi, comme le précise Andrej Jeftić, le directeur de Foi et Constitution, de mener un « dialogue intentionnel avec la tradition nicéenne: non comme un rappel du passé, mais comme une grammaire œcuménique pour confesser aujourd’hui le Dieu trinitaire ». Reste à savoir si l’assemblée parviendra à conjuguer cette grammaire de manière audible, dans un monde devenu imprévisible où le témoignage de l’Évangile s’annonce de plus en plus exigeant. 

En puisant à la source 

L’Église orthodoxe copte qui accueille la 6ème assemblée, a choisi un lieu peu banal  : un monastère antique au cœur du célèbre désert de Scété, le berceau de la vie monastique chrétienne. J’y entends comme un appel à s’éloigner ne serait-ce qu’un instant du vacarme ambiant, creuser aux sources de la prière, et (qui sait ?) se laisser conduire par le souffle unique du Seigneur du ciel et de la terre. C’est bien lui, qui d’après la célèbre formule du premier concile est maître de « l’univers visible… et invisible » !  

… À suivre ! 

Pierre Blanzat,  

responsable du Service des Relations avec les Églises Chrétiennes (Fédération Protestante de France)

Pasteur, Responsable du Service des Relations avec les Églises Chrétiennes (Fédération Protestante de France), Co-Secrétaire du Conseil d'Églises Chrétiennes en France.

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